Journal
Ouest-France du lundi 9 janvier 2006
Edition : Bretagne - Rubriques : Région
Un rêve en bois à Saint-Laurent-sur-Oust
et un 1er prix au Salon d'Angers
Longtemps, au village, la maison a fait jaser
Pour Henri David et son épouse, ce n'était pas gagné
d'avance. Par bonheur, le courant est passé avec la mairie...
La maison bois construite par les David à Saint-Laurent-sur-Oust,
c'est le rêve de toute une vie. Ni cabane de trappeurs, ni cube
de bois, mais une vraie maison d'architecte, 1er prix au dernier Salon
de la maison bois d'Angers. Longtemps, dans le village, la maison a
fait jaser.
Henri David ne s'est pas contenté de rêver
sa maison. Il l'a construite en mouillant sa chemise, en ralliant les
plus sceptiques à sa cause. C'est l'histoire d'un coup de coeur,
que ce quinquagénaire raconte avec les yeux rieurs d'un alpiniste
qui aurait vaincu l'Éverest.
Henri David, c'est un sacré bonhomme, bouffé par une maladie
de Parkinson qu'il combat avec une dignité remarquable. Pas du
genre à s'écouter pleurnicher : « Il me fallait
un projet pour occuper mon mental et mon physique ». Et quel projet
!
Courant 2003, alors qu'il remonte l'Oust sur son bateau, il aperçoit
cette prairie à flanc de coteau. Coup de foudre immédiat.
C'est un trait de caractère chez lui. Henri rêve d'une
maison. Il l'a déjà construite dans sa tête. Il
l'imagine d'abord toute en métal, mais il va se décider
pour du bois, parce que Jean-Yves Riaux, maître-charpentier, lui
transmet sa passion. L'architecte sera le cabinet Alexandre Fave et
Michaël Tanguy, de Rennes.
Le parcours d'obstacles commence : « Le terrain n'était
pas constructible au départ. Je suis allé le voir la maire
avec le plan et la maquette. » Démarche audacieuse dans
ce coin de Morbihan rural, ce bourg de 311 habitants plutôt tranquille.
« J'ai été séduite, raconte la maire, Isabelle
Michel. J'avais devant moi quelqu'un qui construisait un rêve,
avec un projet respectueux de l'environnement. » Le courant passe
: « J'ai dit oui. Le projet arrivait alors que nous étions
en train de revoir le plan d'occupation des sols. » Pas si facile,
parce qu'au début « dans le village, j'ai eu droit à
des réflexions, confie l'élue locale. Des voisins ont
eu peur que cette architecture dévalorise leur propriété
». On ne secoue pas indûment le cocotier dans une commune
rurale !
Lumineux chaud, attachant
Top départ en 2005. Henri ne veut pas perdre une miette de la
vie. La dalle de béton avec un vide sanitaire est coulée.
Les poteaux en lamellé-collé sont érigés,
sur lesquels repose toute la structure de la maison. Henri a choisi
le douglas, « un bois de chez nous, très dur, imputrescible,
qu'il n'est pas besoin de traiter ». Le toit sera en bacacier,
une tôle en acier galvanisé, avec chauffage par le plafond
grâce à du placo-watt. L'intérieur, sur 180 m2 a
été conçu en espace ouvert, à l'image des
David. Des baies vitrées, on plonge vers l'Oust, les landes de
Lanvaux. C'est lumineux, chaud, attachant.
Cerise sur le gâteau : Henri laisse libre cours à sa passion
du design et des beaux matériaux. « C'est pour cela que
j'ai fait beaucoup de choses par moi-même : les économies
que je réalisais, je les ai réinvesties dans mon amour
des belles choses, comme du parquet amarante. » Depuis, les mentalités
bougent : « J'ai vu sur la route des voitures ralentir, des gens
prendre des photos », raconte l'heureux propriétaire. Les
David et les riverains s'apprivoisent. Mieux : la maison a reçu
le premier prix du jury au Salon de la maison bois d'Angers dans la
catégorie « grands espaces », et le second prix du
public. De quoi donner à Henri l'envie de continuer. Sa réponse
à la maladie, c'est maintenant un projet de construction d'autres
petites maisons bois sur son terrain de Saint-Laurent. Le rêve
continue.
Éric de GRANDMAISON.
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